Le contraste avec les anciennes images est frappant. Sur ces nouvelles photos prises depuis le ciel, on ne reconnait presque plus rien de la ville de Rafah et de ses environs, tout au sud de l'enclave. Immeubles, serres, routes : la quasi-totalité des infrastructures de l'agglomération a disparu sous les gravats après trois années de guerre à Gaza.
Made with Flourish • Create a photo slider Images satellite de la ville de Rafah à Gaza, disponibles sur Google. L'image de gauche, dernière accessible avant la récente mise à jour de Google Earth, date du 3 juin 2024. La nouvelle (à droite) a été prise le 25 février 2026.
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Ces images satellite proviennent de Google Earth. Depuis le 27 septembre, la plateforme, qui propose en libre accès des images satellite sur l'ensemble du globe, a mis à disposition de nouvelles images du sud de la bande de Gaza datant de février 2026 - elles étaient toutefois déjà visibles dans la version logiciel Google Earth dès mai 2026. Avant cela, les dernières images de Google Earth disponibles pour la zone remontaient à juin 2024.
À l'époque, l'armée israélienne venait de débuter - en mai 2024 - son opération militaire d'ampleur contre Rafah. Depuis cette date, la zone a été vidée de ses habitants et se retrouve sous le contrôle de l'État hébreu, qui a annoncé à plusieurs reprises vouloir instaurer une zone tampon autour de Gaza.
Des Quartiers Résidentiels Rasés
"Ce qui frappe dans ces nouvelles images satellites à très haute résolution, c'est qu'elles montrent une destruction quasi totale sur de vastes portions de Rafah", décrit Jamon Van den Hoek, spécialiste d'imagerie satellitaire et professeur à l'Oregon State University.
Avec son collègue Corey Scher, ce géographe a quantifié tout au long de la guerre l'ampleur des destructions à Gaza. "À certains endroits, la ville est tellement recouverte de poussière et de débris qu'elle forme presque un bloc de couleur monotone, quartier après quartier."
Des quartiers résidentiels entiers ont en effet été rasés par l'armée, comme l'ancien camp de réfugiés de Tel al-Sultan, construit en 1989. Plus de 20 000 personnes vivaient dans ces rues taillées au cordeau avant la guerre.
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La destruction des bâtiments dans la zone a souvent été filmée par l'armée israélienne elle-même. Des vidéos ont également été diffusées par de nombreux médias, dont l'AFP ou encore la BBC, qui ont documenté les démolitions à Rafah.
Jamon Van den Hoek commente :
"Il ressort clairement de notre analyse d'octobre 2025 que l'ampleur des destructions s'est considérablement accrue au fil du temps, atteignant un niveau quasi total dans certaines zones de Gaza. La question n'est pas tant de savoir ce qui a été détruit, mais plutôt ce qui est encore debout aujourd'hui."
Des exceptions à ces destructions sont en effet bien visibles : il s'agit principalement de bâtiments publics et des immeubles de grande taille qui sont restés debout. Certains sont entourés de véhicules et de tentes militaires. L'armée israélienne et les groupes armés qui lui sont alliés sont les seules forces opérant dans cette zone, désormais vidée de ses habitants.
Des Infrastructures Agricoles Réduites À Néant
La zone de Rafah accueillait également avant la guerre une partie de l'activité agricole de Gaza. Mais les nombreuses serres et terres cultivées situées au nord de la ville - ces rectangles blancs ou gris encore visibles depuis le ciel en juin 2024 - ont été très largement détruites par l'armée israélienne.
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Dès mars 2025, la rédaction des Observateurs de France 24 avait documenté la destruction de près de deux-tiers des serres de la bande de Gaza, à partir des données fournies par le chercheur He Yin.
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Avant Les Destructions, Un An D'offensives Contre Rafah Et Sa Population
Comment expliquer l'augmentation drastique du niveau de destruction à Rafah entre juin 2024 et février 2026, dates des deux clichés les plus récents de la zone dans Google Earth ? Pour le comprendre, il faut revenir sur les événements qui ont conduit à la fuite de la majorité des habitants vivants dans les bâtiments aujourd'hui détruits.
L'offensive de mai 2024 de l'armée israélienne contre la ville s'accompagne d'ordres d'évacuation concernant des quartiers entiers, ce qui pousse la population à se déplacer à plusieurs reprises. Plusieurs centaines de milliers d'habitants s'exilent lors de cette première offensive.
Après un bref cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à partir du 19 janvier 2025, lors duquel l'armée israélienne se retire de certaines zones de la ville, l'offensive reprend le 20 mars. Cette fois, l'armée encercle l'agglomération, et ordonne le 31 mars à l'ensemble de ses habitants de fuir. Leur destination : les campements de réfugiés de la "zone humanitaire" d'al-Mawasi au nord-ouest, déjà surpeuplés à l'époque.
Dans ce communiqué publié sur X le 31 mars 2025, le porte-parole en arabe de l’armée israélienne appelle l’ensemble de la population de Rafah et des quartiers avoisinants à se “déplacer immédiatement vers les centres d'abri à Al-Mawasi”, en prévision d’une “reprise des combats avec une intensité extrême” dans leur ville.
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La ville de 250 000 habitants, qui accueillait en plus 1,5 millions de réfugiés ayant fui la guerre, est alors largement vidée de sa population. Seule l'armée israélienne et des groupes armés palestiniens soutenus par elle continuent à y opérer.
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Une Ville Fantôme, Sous Occupation De L'armée Israélienne
Cette situation est entérinée par le plan de paix signé le 9 octobre 2025 par le Hamas et Israël sous l'égide de Donald Trump : celui-ci place Rafah à l'intérieur de la "ligne jaune", limite de la zone où Israël continue ses opérations militaires. Une limite que l'armée israélienne interdit aux civils gazaouis de franchir, ouvrant régulièrement le feu sur ceux qui tentent de s'en approcher.
Depuis, l'armée israélienne procède à la destruction des bâtiments de Rafah et des villes des environs.
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Sur cette carte animée fournie par les chercheurs Jamon van den Hoek et Corey Scher, du laboratoire d'écologie des conflits de l'université de l'Oregon, on peut voir en blanc les bâtiments déjà partiellement détruits à la fin du cessez-le-feu provisoire, en mars 2025. Les points rouges représentent les bâtiments qui ont été une nouvelle fois dégradés entre mars 2025 et octobre 2025. On peut voir que beaucoup d'entre eux se trouvent dans l'agglomération de Rafah, alors totalement sous le contrôle de l'armée israélienne et en grande partie vidée de sa population.
Khalil Sayegh, un chercheur et analyste politique originaire de Gaza, commente :
"La destruction de Rafah s'est en réalité accélérée après le 31 mars 2025 [et l'ordre d'évacuation donné à l'ensemble de la population de la ville, NDLR], car les Israéliens sont passés d'une opération où seule l'armée était impliquée à une situation qui faisait intervenir des sous-traitants privés, avec des bulldozers, pour détruire les bâtiments et évacuer les gravats."
L'armée israélienne affirme que les démolitions à Rafah visaient des caches et des tunnels du Hamas.
Des enquêtes journalistiques montrent que l'étendue des destructions ne semble pas répondre à cet impératif militaire. Elles laissent penser que l'armée israélienne cherche à constituer une zone tampon entre les zones où vivent encore les Palestiniens et les frontières de l'enclave, et se préparent à une occupation de long terme.
Une idée appuyée par les responsables israéliens eux mêmes : le 16 avril 2025, le ministre de la défense Israël Katz a ainsi affirmé que "l'[armée] restera dans les zones de sécurité afin de servir de zone tampon entre l'ennemi et la population [israélienne], dans le cadre de toute solution, temporaire ou permanente, à Gaza."
Pour Khalil Sayegh, cette politique aurait un double but.
"Il y a bien sûr d'une part la volonté d'isoler la bande de Gaza de l'Egypte au sud et de contrôler toutes la frontière, que l'on appelle ça une "zone tampon" ou autrement. Mais d'autre part, il y avait aussi une volonté de punition collective des Palestiniens par le nettoyage ethnique des habitants de Rafah. C'est aussi arrivé à l'est de Khan Younis, ou à Beit Hanoun dans le nord, alors qu'il n'y avait pas forcément de frontière stratégique à ces endroits."
Des Images Relativement Anciennes, Qui Ne Montrent Pas Tout De La Situation À Gaza
Si les nouvelles images fournies par Google Earth permettent au grand public de découvrir l'ampleur des destructions dans le sud de la bande de Gaza, elles restent relativement anciennes. Elles documentent en effet l'état de l'enclave en février 2026, soit il y a près de sept mois. D'autres images pour la zone centrale de la bande de Gaza, également récemment mises à jour, datent de janvier 2026.
Ce tweet du cartographe australien Nathan Ruser montre les zones de la bande de Gaza qui ont récemment été mises à jour dans Google Earth. La zone rouge est désormais illustrée avec un cliché datant de février 2026, et la zone orange avec une image de janvier 2026. Le reste de la bande de Gaza n’a pas été mis à jour.
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Des clichés similaires, et parfois plus récents issus d'entreprises spécialisées en imagerie satellitaire, sont exploités depuis plusieurs mois par les spécialistes. La rédaction des Observateurs travaillent régulièrement avec des images de haute qualité fournies par des entreprises commerciales, comme Planet ou Vantor.
D'autres Images Satellites Révèlent Des Détails Inédits Du Dispositif Militaire Israélien À Gaza
Cette mise à jour des images de Google Earth ne concerne par ailleurs que le sud de la bande de Gaza. Pour le nord, le logiciel propose des clichés plus anciens, datant de 2024 ou de 2025.
Là aussi, des images plus récentes révèlent que la situation a également évolué dans cette partie de l'enclave. Certaines ont été brièvement révélées au public par le Survey of Israel, un organisme israélien public chargé de la cartographie du pays. À l'occasion d'une mise à jour des images satellites du territoire israélien fournies sur son portail en ligne, celui-ci a affiché pendant quelques heures une image en haute qualité du nord de la bande de Gaza, normalement floutée. Celle-ci datait de 2025.
Une sauvegarde effectuée par le cartographe Nathan Ruser permet toujours de la consulter en ligne.
Sur ces images, on observe, en plus de bases plus anciennes qui ne semblent plus occupées, au moins trois bases militaires fortifiées dans la banlieue est de Gaza-ville. Elles accueillent des tentes pour les troupes ainsi que des véhicules militaires, et n'apparaissent pas sur les images de Google Earth, plus anciennes.
Un rappel, selon Khalil Sayegh, qu'une large partie de la bande est désormais sous contrôle israélien : "On parle de près de 70 % de la bande de Gaza sous le contrôle de l'armée israélienne, qui était déjà avant la guerre l'un des endroits les plus denses sur terre. Vous pouvez imaginer les conditions dans lesquelles vit la population, maintenant qu'elle est limitée à 30 % du territoire. C'est une véritable prison à ciel ouvert."