Une tour Eiffel surmontée d'un drapeau argentin, Javier Milei levant le poing en l'air, et un lion, l'un des symboles qu'il cultive. Dans une vidéo générée par IA, le président argentin se met en scène pour annoncer son arrivée à Paris, mercredi 30 septembre, à l'occasion de l'"Argentina Week". Une opération séduction à l'image du dirigeant d'extrême droite, qui entend profiter de ce forum économique pour attirer les investisseurs européens.
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Accepter Gérer mes choixDurant trois jours, Javier Milei doit vanter les opportunités offertes par son pays devant des responsables politiques et économiques. Entouré de ministres, de patrons et d'une dizaine de gouverneurs, il assurera notamment, jeudi 1er octobre, une intervention à l'OCDE, suivie d'un entretien privé avec Emmanuel Macron à l'Élysée.
Derrière cette tentative de séduction, le leader argentin cherche à attirer des capitaux étrangers pour relancer une croissance qui subit le contrecoup de trois années de politique d'austérité. Mais il lui faut aussi convaincre dans son propre pays, où la pauvreté est repartie à la hausse. Elle touche 32,3 % de la population au premier semestre 2026, contre 28,2 % six mois plus tôt, selon l'Institut national de statistiques (Indec).
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Après New York en mars, Paris accueille la deuxième édition de l'"Argentina Week". Et la France n'a rien d'un choix anodin : elle est le septième investisseur en Argentine, avec quelque 250 filiales françaises employant environ 53 000 personnes.
Dans la capitale française, la visite ne passe pas inaperçue. L'Assemblée de citoyens argentins en France (ACAF) appelle à un rassemblement mercredi devant l'ambassade d'Argentine pour dénoncer la venue du président. Une pétition demandant notamment à la Ville de Paris de déclarer Javier Milei persona non grata a, de son côté, recueilli plus de 3 500 signatures.
Pour Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l'Observatoire de l'Amérique latine de la Fondation Jean-Jaurès et signataire de cette pétition, le déplacement de Javier Milei illustre les contradictions du président argentin, venu à Paris pour "pousser des portes qui lui restent encore ouvertes en Europe".
France 24 : Que vient chercher Javier Milei à Paris, et dans quel contexte économique intérieur s'inscrit cette visite ?
Jean-Jacques Kourliandsky : Javier Milei vient chercher de l'argent et des investisseurs potentiels pour créer des emplois, alors que la situation sociale en Argentine s'est détériorée en raison des choix qu'il a faits pour mener sa nouvelle politique économique. Il a fait le choix de détruire le tissu industriel national pour ne favoriser que les secteurs exportateurs qui rapportent de l'argent, comme les minerais ou l'agriculture.
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En parallèle, en sabrant tous les crédits d'investissement public pour construire des routes, des hôpitaux ou des écoles, le secteur des travaux publics, qui est créateur d'emplois, se retrouve également sinistré. Puisqu'il n'y a plus d'argent en Argentine, Javier Milei doit en trouver ailleurs.
Pourquoi la France figure-t-elle parmi ses interlocuteurs, alors que Javier Milei s'est fâché avec de nombreux partenaires traditionnels ?
Javier Milei est pris dans ses propres contradictions. Il s'est fermé tout seul la porte de l'Espagne pour des raisons idéologiques, en attaquant notamment le Premier ministre Pedro Sanchez concernant une affaire de corruption supposée. Il s'est aussi fermé la porte du Royaume-Uni en relançant le dossier des Malouines. Pour des raisons également idéologiques, il entretient la même attitude avec le Brésil de Lula.
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Il cherche donc à pousser des portes qui lui restent encore ouvertes en Europe, comme l'Italie, l'Allemagne ou la France. Même si Emmanuel Macron n'est pas un partenaire idéologique privilégié, il reste "fréquentable" aux yeux de Milei car il n'est ni socialiste ni étatiste. Il y a des entreprises françaises implantées en Argentine – notamment pour l'exploitation du lithium et du pétrole – et il espère en convaincre d'autres, même s'il a paradoxalement décliné l'invitation à l'université d'été du Medef, alors qu'à priori, ce sont justement les partenaires qu'il recherchait en priorité.
La démission récente de Santiago Muzio de son poste de directeur de la Maison de l'Argentine à la Cité internationale universitaire de Paris montre-t-elle une fébrilité de Buenos Aires quant à sa réputation et son image à l'étranger ?
Oui, le personnage en question est très marqué à l'extrême droite, mais il était tout à fait dans la lignée des amis et des collaborateurs recherchés par le président argentin. Il a provoqué beaucoup de rejet et de refus, ce qui n'était pas la meilleure des préparations pour l'arrivée du président argentin à Paris.
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Il l'a très probablement rappelé. Je ne suis pas dans les secrets du président argentin, mais ce qu'on peut penser, c'est qu'il a été retiré pour éviter d'avoir des manifestations, notamment de la communauté argentine qui vit à Paris ou en Île-de-France. Cela lui a permis d'éviter ce genre de problème, qui aurait effectivement pu effacer ou mettre au second plan l'objectif de son déplacement à Paris : présenter l'image d'une Argentine bien gouvernée, apaisée et ouverte aux investisseurs étrangers.
Face aux contestations et aux appels à le déclarer persona non grata, comment Milei gère-t-il ce rejet à l'international ?
Ce rejet envers Javier Milei reste relatif. Il bénéficie du soutien des États-Unis, la première puissance mondiale, économique, commerciale et militaire. Il a aussi le soutien d'une majorité de gouvernements latino-américains alignés sur la droite radicale ou l'extrême droite. Seuls le Brésil et le Mexique ne font pas partie de ses soutiens.
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En réalité, Milei trie ses interlocuteurs. Il ignore les pays dont il ne souhaite pas rencontrer les chefs d'État, faisant passer ses priorités idéologiques avant son démarchage économique et commercial, tout en mettant en avant ses affinités avec les dirigeants de son camp, en Amérique latine, aux États-Unis et en Europe.
L'Argentine risque-t-elle de traverser une nouvelle crise majeure ?
Le pays est dans une situation extrêmement difficile. Quand on connaît l'Argentine, on sait que tout peut basculer d'un moment à l'autre, de façon d'autant plus violente que les Argentins n'ont plus de référent. Il n'y a pas vraiment d'opposition organisée. Il y a eu, au contraire, des déceptions dans les années passées, avec les autres forces qui sont aujourd'hui dans l'opposition.
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Milei était apparu comme le Père Noël, qui était issu de la société civile : professeur d'université, essayiste, il parle bien, il a gagné de l'argent pour lui, pour en gagner pour les autres. Il est né de cette espèce de magie qui est en train de s'effondrer.
Il peut donc effectivement y avoir en Argentine, à n'importe quel moment, une crise violente comme elle en a connu entre 2000 et 2002. Javier Milei le sent venir.