On l'a suffisamment dit – ici, ici, ou encore ici – depuis le début de ces récap' de la campagne des Midterms : les républicains sont en difficulté dans les sondages. Ils ne l'ont même jamais autant été que cette semaine. Les démocrates ont désormais 92,7 % de chances de s'emparer de la Chambre des représentants et 71,4 % de chances de remporter le Sénat, selon les estimations du Silver Bulletin.
Pour freiner l'avance grandissante de leurs rivaux, les républicains répliquent donc avec une stratégie déjà testée et approuvée en 2024 : dépeindre les démocrates comme des extrémistes qui mettent le pays en danger. "Communistes", "marxistes", "laxistes", "woke"… les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les candidats venant de l'aile gauche du Parti démocrate ou des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA).
L'un de leurs angles d'attaque favoris est celui de la communauté trans. Les républicains ont dépensé à ce jour au moins 76 millions de dollars sur le sujet, selon une analyse publiée cette semaine par le Washington Post. Dans leurs spots, les candidats démocrates sont accusés de soutenir la participation d'"hommes" (femmes trans, NDLR) aux compétitions sportives féminines, leur utilisation des toilettes pour dames ou encore la "chirurgie de changement de sexe pour les enfants". En 2024, les démocrates étaient restés silencieux face à ces attaques. Cette fois, dans les États les plus disputés, où il faut convaincre les électeurs, les candidats ont choisi de répondre en affichant leur modération, quitte à se mettre à dos la communauté LGBT+.
"J'ai voté avec les républicains pour garder l'idéologie transgenre en dehors de nos écoles, car les parents savent ce qui est le mieux pour leurs enfants", s'est ainsi défendue Marcy Kaptur, représentante démocrate de l'Ohio et candidate à sa réélection, dans une récente vidéo. Et d'ajouter : "Et les garçons ne devraient pas participer aux sports féminins."
Au Texas, le candidat démocrate au Sénat James Talarico, qui pourrait remporter un siège acquis aux républicains depuis une trentaine d'années, est revenu sur ses positions passées : "Je suis contre la participation des athlètes trans aux sports féminins si cela met en danger la sécurité ou l'équité du jeu", a-t-il déclaré le mois dernier.
Le choix de la modération l'emporte aussi dans d'autres domaines : en Alaska, la candidate démocrate au Sénat Mary Peltola soutient ainsi l'augmentation de la production pétrolière, à rebours de son parti. Et Amy Acton, qui cherche à se faire élire gouverneure de l'Ohio, est favorable à ce que les électeurs présentent une pièce d'identité pour voter, l'une des exigences de Donald Trump.
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Autre signe assez parlant : les prétendants démocrates des swing states ou swing districts (les États ou circonscriptions qui basculent d'un parti à l'autre au gré des élections) fuient Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), la représentante de New York et potentielle candidate à la présidentielle, figure de proue de l'aile progressiste du parti. Le média Axios rapporte l'exemple de Sam Forstag, un candidat du Montana qui, depuis son apparition au côté d'AOC en meeting fin mai – un soutien bien utile pour remporter les primaires –, a pris ses distances. Il a notamment supprimé de son site de campagne toute référence à AOC et a laissé entendre qu'il ne la réinviterait pas sur scène.
Les démocrates savent que pour l'emporter aux élections de mi-mandat, ils devront non seulement mobiliser leur base, mais aussi attirer suffisamment d'électeurs indécis pour faire basculer une poignée de scrutins en leur faveur. Or, l'image du Parti démocrate reste peu glorieuse dans l'opinion publique. Selon un sondage NBC publié le 20 septembre, seuls 29 % des électeurs en ont une opinion positive, contre 36 % d'entre eux au sujet des républicains.
Les démocrates ont donc bien compris que s'ils sont en avance dans les sondages, c'est surtout parce que le camp d'en face a dégringolé. L'analyste politique Charlie Cook a confié, la semaine dernière, s'attendre moins à une "vague bleue" qu'à un "reflux rouge". Autrement dit, certains électeurs républicains pourraient rester chez eux le 3 novembre sans forcément aller jusqu'à voter démocrate, un parti qu'ils détestent. Pas étonnant, dès lors, qu'on n'entende plus les candidats démocrates lancer des "Defund the police !" ("Baissez le budget de la police !", l'un des slogans du mouvement antiraciste Black Lives Matter).
C'est l'un des visages de ces Midterms. Dans la course pour le poste de sénateur du Michigan, Abdul El-Sayed, un diplômé de médecine de 41 ans d'origine égyptienne, domine d'un cheveu dans les sondages (48 % contre 44 %) le républicain Mike Rodgers, un fidèle de Donald Trump, qui bénéficie de l'avantage financier de son parti.
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Farouche critique de la politique d'Israël et partisan de l'assurance santé publique universelle (Medicare for all), Abdul El-Sayed a fait une campagne très à gauche pendant les primaires, durant lesquelles il affrontait une candidate de l'establishment démocrate. Il doit désormais s'assurer de ne pas faire fuir les électeurs modérés dans un État où quelques centaines de voix peuvent faire la différence. C'est le cas sur le sujet sensible du conflit israélo-palestinien. "Il veut représenter la Palestine. Je veux représenter le Michigan", l'avait notamment attaqué Mike Rodgers en septembre lors de la convention républicaine de Dallas.
Pendant les primaires, Abdul El-Sayed a fait campagne avec Hasan Piker, un streamer d'extrême gauche controversé régulièrement accusé d'antisémitisme. Il cherche désormais à prendre ses distances avec lui, sans pour autant s'aliéner l'importante communauté musulmane de Dearborn, dans la banlieue de Détroit. Il a ainsi qualifié de "débiles" les propos de Hasan Piker affirmant que l'Amérique avait "mérité le 11-Septembre".
Alors qu'il avait critiqué la politique de l'administration Biden concernant le conflit à Gaza, Abdul El-Sayed a également récemment fait campagne avec l'ex-vice-présidente démocrate Kamala Harris lors d'une table ronde à Détroit sur la santé maternelle des femmes noires. Objectif : rallier l'aile modérée du parti, ainsi que l'électorat afro-américain.
Le président américain a démarré cette semaine son grand tour du pays pour aider les candidats républicains. Il est attendu ce samedi en Ohio, après des passages au Texas et dans l'Oklahoma jeudi, puis en Alabama vendredi. Une trentaine d'États, cinq à sept par semaine, sont au programme d'ici au 3 novembre. Alors que sa cote de popularité tourne autour des 37 % seulement, le milliardaire n'en démord pas : son administration fait un excellent travail, mais le message a du mal à passer. "La seule chose qu'on fait mal, c'est la communication avec le public", a-t-il lancé au Texas. Il estime donc être le meilleur porte-parole possible.
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Ce n'est pas l'avis de tous les républicains, qui commencent à paniquer face aux sondages. Ken Paxton, le candidat républicain au Sénat en difficulté, a été enregistré à son insu en train de dire à des donateurs que la convention républicaine organisée par Donald Trump à Dallas en septembre avait fait du mal à sa campagne. Certains républicains ne souhaitent tout simplement plus apparaître à ses côtés sur scène. Le fait que Donald Trump commence sa tournée par des États très rouges (les 77 comtés de l'Oklahoma ont voté Donald Trump à chaque élection, par exemple) a d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre. Les républicains se sentiraient-ils en danger sur leur propre terrain ?
En parallèle de sa tournée, Donald Trump a lancé une série de spots publicitaires, certains recyclés de sa campagne de 2024, financés par des fonds fédéraux. Selon le Washington Post, cet argent était au départ destiné à améliorer la sécurité à la frontière, combattre le trafic de drogue ou encore ériger des mémoriaux pour les membres de forces de l'ordre tués en service. Et les démocrates et certains républicains crient au scandale et à la "propagande".
"Cela va être un tsunami. Débâcle totale. À ceux qui disent qu'on va garder le Sénat, je leur dis que ça n'arrivera pas. Ils délirent. Préparez-vous pour l'impeachment. Tout le monde a besoin d'un avocat maintenant." C'est ce qu'a dit un allié de Trump à la journaliste Tara Palmeri lors d'une soirée à la convention républicaine de Dallas.
Sarah Huckabee Sanders, la gouverneure républicaine de l'Arkansas, candidate à sa réélection, a diffusé lundi un spot qui a scandalisé la sphère Maga. Dans ce spot de trente secondes, l'ex-porte-parole de la Maison Blanche pendant le premier mandat de Donald Trump se félicite d'avoir imposé des conditions d'emploi pour lutter contre les fraudes à l'aide sociale. Pour illustrer ses propos, un comédien blanc affalé sur son canapé se goinfre de chips en jouant aux jeux vidéos.
De quoi faire bondir plusieurs influenceurs d'opinion, tendance nationalistes blancs, qui crient au "racisme antiblanc" : pour eux, le fait que le cliché de l'assistanat soit illustré par un homme blanc ne passe pas. Ils auraient volontiers préféré une "welfare queen", terme péjoratif utilisé par les milieux racistes pour décrire une femme noire, souvent mère célibataire, qui vit des aides de l'État.
Sean Davis, cofondateur du site conservateur The Federalist, peste ainsi : "Notre gouvernement a systématiquement fait preuve de discrimination envers les hommes blancs depuis des dizaines d'années maintenant, et il a désormais l'audace de dépeindre avec malhonnêteté des jeunes hommes blancs en welfare queens." Mais les chiffres de l'Arkansas sont formels : les bénéficiaires de Medicaid (l'assistance santé aux plus démunis) y sont en grande majorité blancs, selon une analyse du New York Times.
En résumé : pour satisfaire les nationalistes blancs, il aurait fallu que Sarah Sanders choisisse un acteur noir, et par là-même se rende coupable de racisme envers les Noirs. Vous suivez ?
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