Des familles, parfois avec de très jeunes enfants, des personnes de tous les âges, des grands groupes, des individus seuls... Dès le milieu de matinée, samedi 26 septembre, ils étaient nombreux à se presser dans les rues adjacentes à l’avenue des Champs-Elysées pour venir assister à la messe du pape Léon XIV.
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Circulation bouclée et stations de métro fermées dans un vaste périmètre, longues files d’attente et contrôles de police, accéder à la célèbre avenue parisienne relève du parcours d’obstacles. Au total, 700 000 personnes étaient attendues dans une large zone allant des Champs-Élysées jusqu'à la Porte Maillot, en passant par l'avenue de la Grande-Armée et la place de l'Étoile, obligeant les autorités à un protocole de sécurité hors-norme. Et une fois passée, il faut ensuite jouer des coudes jusqu’à avoir trouvé une bonne place pour voir les écrans géants installés pour l’occasion.
Vivre Un Moment Fort En Famille
Devant l'ampleur du phénomène, Emmanuelle et ses deux filles ont préféré arriver tôt avec un pique-nique dans le sac et quelques jeux pour patienter. Pour cette mère de famille américaine de 36 ans, expatriée à Paris depuis six ans, il était hors de question de rater le rendez-vous.
"Ma grand-mère m’a toujours dit qu’elle avait vécu un moment incroyable lorsqu’elle avait assisté à une messe de Jean-Paul II. Selon elle, cela avait changé sa vie", explique-t-elle. "C’était donc très important pour moi de venir avec mes filles et qu’on vive cela ensemble. Mon seul regret est que mon mari n’a pas pu être là. Il est en voyage pour son travail."
Sa fille Olivia, 9 ans, affiche un grand sourire, ravie de voir bientôt "quelqu’un d’important, qu’on voit d’habitude à la télé". Mais une question la taraude quand même : "pourquoi c’est jamais une femme, le pape ?", demande-t-elle à sa mère. "Ce serait bien de pouvoir lui demander !", lui répond celle-ci en riant.
Faire vivre un moment fort à leur enfant, c’est aussi ce qui a poussé Tristan et Alice à prendre leurs billets. Avec leur fils Louis-Calixte, 10 ans, ils ne vivent qu’à quelques minutes à pied de l’Arc de Triomphe. "Non seulement c’était très pratique pour nous mais j’avais eu la chance de voir Jean-Paul II en 1991 et cela m’avait vraiment marqué. Je voulais que mon fils vive ça", témoigne Tristan.
Au-delà de ça, "j'ai le sentiment que la religion catholique est assez cachée en France. Nous avons peu de moments publics comme ceux-là. c’est agréable de se sentir vus et de partager un moment entre catholiques", témoigne de son côté sa compagne.
"Crier Haut Et Fort Que Les Catholiques Sont Présents"
"Cette visite du pape est l’occasion de crier haut et fort que les catholiques sont bel et bien présents", abonde Marie-Elisabeth, 45 ans, sœur dans le diocèse d’Autun, en Bourgogne.
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A la vue de la foule réunie de plus en plus nombreuse, elle espère que la visite du pape apportera avant tout un moment d'unité et de cohésion nationale. "Nous vivons dans une société individualiste. La France est un pays où le pouvoir et l’argent règnent en maître", regrette-elle. "Il n’y a pas assez de dialogue entre les gens. J’espère vraiment que la visite du pape Léon XIV viendra apporter un peu de sens et d’humanité."
Juste derrière elles, Angèle, 19 ans, et Frédéric, 60 ans, engloutissent rapidement un sandwich en répondant aux diverses questions des personnes présentes. Affublés de T-shirts jaunes portant l'inscription "Paris 2026", ils sont bénévoles dans l'organisation de la visite.
"J’aide régulièrement dans ce genre de grands évènements catholiques. C’est l’occasion de partager un moment ensemble, de rendre service et d'appliquer concrètement les valeurs de l’Eglise", témoigne Frédéric, déjà présent en 2023 lorsque le pape François s'était rendu à Marseille. "Mais cette fois-ci, l'ambiance est complètement différente. A Marseille, c'était davantage festif, moins formel. Là, on sent que c’est surtout un moment de réunion pour entendre la parole du pape de façon plus solennelle."
"Voir le pape en France, c’est un événement exceptionnel qui n’arrive pas souvent dans une vie. Alors quand j’ai reçu un mail pour me proposer d’être bénévole, j’ai tout de suite dit oui", raconte quant à elle Angèle, membre des scouts de France depuis l’enfance. Arrivée vendredi de Rouen, en Normandie, elle distribue des drapeaux à tour de bras, flèche la direction des toilettes et répond surtout des dizaines de fois à la même question : "mais, il est où le pape en fait ? Est-ce qu'on va le voir en vrai ?"
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"Vive Léon", "Vive Le Pape !"
Ces spectateurs inquiets peuvent se rassurer. Avant de prononcer la messe depuis la Concorde, le pape Léon XIV doit en effet descendre l'ensemble de l'avenue des Champs-Elysées en papamobile. Pour patienter, les écrans géants diffusent en direct la chaîne chrétienne KTO qui alterne entre prières et récits de la journée de la veille avec les visites du pape à L'Elysée, à Notre Dame puis au Stade de France. D'autres en profitent pour faire des emplettes aux différents stands qui proposent T-shirts, casquettes, gobelets ou encore magnets à l'effigie du pape.
A 14 heures pétantes, la léthargie de la foule qui patiente depuis plusieurs heures se lève tout d'un coup. Le pape est en approche. Comme la veille dans les rues du Quartier latin, les drapeaux s'agitent, les cris fusent et les téléphones se lèvent à chaque passage de camionnettes de CRS. Puis, enfin, Léon XIV apparaît dans sa papamobile au ralenti, saluant les spectateurs euphoriques. "Vive Léon", "Vive le pape", scande-t-on alors que les yeux ne quittent plus le chef de l'Eglise dans sa déambulation.
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Justine et Thomas n'étaient venus que pour ça. "Nous voulions voir cette célébrité", expliquent-ils, tout sourire. Pour autant, pas question de rester pour la messe car leur seconde mission avant de rentrer chez eux, à Beauvais, pourrait se révéler plus ardue : apercevoir, cette fois, Céline Dion à son hôtel situé à quelques pas de là. En entendant leur témoignage, une spectatrice s'indigne de la comparaison. "Mais le pape, c'est comme le roi !", crie-t-elle avant de courir pour tenter de s'approcher du souverain pontife.
Une Messe Solennelle
Mais très vite, les effusions de joie et les cris laissent place à un grand silence. Seuls les chants de prière de la messe qui démarrent et le vrombissement d'un hélicoptère au-dessus du public se font entendre. Une heure après son passage place de l'Etoile, le pape commence la cérémonie depuis la place de la Concorde.
Dans le public, à l'exception de quelques pleurs d'enfants, on ne dit plus un mot. Les yeux sont rivés tantôt sur l'écran géant, tantôt sur le livret de prières. Pour beaucoup, tous les chants et textes sont connus par cœur et les gestes à effectuer sont quasi automatiques. On se lève, se rassoit, prononce un "Notre Père" ou un "Je vous salue Marie" dans un parfait unisson.
Quand vient l'homélie du pape, l'émotion est particulièrement palpable. Dans ce discours tant attendu, il évoque "une soif de sens, de vérité, d’accomplissement qui habite le cœur de chacun", avant de poursuivre : "nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ?"
Puis, il répond en mettant en garde contre "les biens matériels", "les satisfactions immédiates" et "les petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide". Un discours qui, sans nul doute, aura plu à Marie-Elisabeth, la sœur du diocèse d'Autun.
Le rendez-vous s'achève avec la communion. Au total, selon le journal La Croix, 500 000 hosties ont été prévues pour les fidèles, consacrées le matin même par 3 000 prêtres. De longues files d'attente se forment devant des parapluies blancs. Chacun son tour, les fidèles qui le souhaitent reçoivent "le corps du Christ" avant de céder leur place et quitter progressivement les lieux. Après une bénédiction finale, le pape lui, prendra la direction de Lourdes pour la suite de sa visite en France.